(Il faut écouter
ça en même temps)
Those teenage hopes who have tears in their eyes
Too scared to own up to one little lie
Je me sentais comme une fillette, ou une personne agée. Au choix.
Assistée. Sereine. Observatrice. Songeuse. Une sorte d'innocence, non, d'insouciance. Qu'est-ce que j'ai pû être naïve, à penser que tous mes problèmes s'étaient envolés, comme ça, d'un claquement de doigt. Mais nous n'en sommes pas là.
Pour l'heure, j'étais assise à la table du restaurant haute gamme de l'hôtel de Sers, "coincée" entre Gustav et Tom ,Georg m'avait dit qu'ils s'appelaient ainsi.
L'ambiance devint glaciale lorsque je m'assis sur le pouf confortable qui m'était destiné, pour prendre le petit déjeuner. J'aurais très bien pu ne pas venir, vu que les 3 autres garçons firent comme si je n'existais pas, ce qui, je l'avoue, me blessa un peu.
Croyaient-ils que j'avais été allée aguicher Georg et le supplier de m'aider ? Sinon, pourquoi m'ignoraient-ils ainsi ?
Bill ne prêtait pas plus attention à moi qu'à un moucheron qui aurait malencontreusement croisé un pare-brise. Seul Georg était attentionné. Gustav, méfiant, était très distant, à moins que ce ne soit sa véritable personnalité. Et Tom. Il m'insupportait. Ou plutôt son regard m'insupportait. Il avait ce regard que je haissais. J'avais le douloureux sentiment qu'il m'observait comme un produit de consommation dans une foire à la chèvre. Rien qu'à l'idée de penser qu'il m'imaginait peut-être dans son lit me révulsait. Non pas qu'il soit repoussant, loin de là, mais j'avais trop senti sur moi ce regard... si humiliant. Trop supporté...
Je songeai encore lorsque Georg s'adressa à moi :
-Tu veux un pain au chocolat Jillian ?
Je mis quelques seconde à lever la tête et ouvris la bouche comme une carpe, avant de me mordre la lèvre. Je n'avais jamais mangé de pain au chocolat. Et si j'en prenais un, et que je n'aimais pas ? Tous m'accuseraient de faire du gaspillage, ou me prendraient pour une princesse capricieuse. Voilà ce qui n'allait pas. Je faisais toujours trop attention à mes gestes alors que les autres ne faisaient rien de semblable pour moi.
Georg s'inquiéta que je reste muette :
-Jillian ?
Je m'apprêtais à ouvrir la bouche pour répondre que je voulais bien lorsque Bill fit d'un ton cassant :
-Laisse tomber, elle s'estime trop importante pour te répondre. Je suis sûr qu'elle n'attend que le signal de son maquereau pour rappliquer chez lui avec TON fric.
Un silence de mort suivit son intervention. Comment pouvait-il dire des choses pareilles, qui en plus étaient fausses évidemment ! Il m'avait blessé. J'étais trop fragile. Et je n'osais pas riposter. Trop l'habitude de ployer sous les vociférations des gens plus forts que moi. Je ne voulais pas montrer ma faiblesse. Je ne voulais plus. Mon visage se décomposa lentement. J'enfouis ma tête dans mes mains. Je ne voulais pas que quiconque voit mes larmes. Personne. Mais c'était sans compter sur Bill, qui, pour une raison inexplicable, n'avait pas l'intention de m'épargner ce matin.
-Ah, c'est facile de pleurer !
Mes pleurs redoublèrent et trempèrent mes mains, avant de s'écraser lamentablement sur la table en chêne luisante. Je demeurais repliée sur moi-même, encore et encore. Je faisais rempart de mon corps, pour protéger mon pauvre esprit perturbé.
-Mais tu vas finir par la laisser tranquille, Bill ?! s'emporta Georg.
-Ecoute, tu nous ramènes une traînée, que veux-tu que...
Bill ne termina pas sa phrase. A cause de moi. Trop, c'était trop. Je lui avais sauté dessus, par dessus les tasses de chocolat chaud et les bols de céréales. Je le giflais, griffais, mordais... Je désirais sa douleur. Bien sûr, il ripostait, et pas qu'un peu, mais je m'en fichais, je continuais à frapper avec l'énergie du désespoir. Qui était-il pour m'avoir traité ainsi ? Avait-il cru que mes problèmes étaient superficiels, pire, que je les mettais en avant ? Il n'avait pas l'air de manquer de quelque chose lui, pourtant. MON PAUVRE CHOU.
Je ne dis pas qu'il n'a pas de problème. Chacun à ses problèmes. Mais ce n'était pas une raison.
15 ans, sans-papier, orpheline, poursuivie, violée, ex-prostituée... et pourtant je ne me plaignais jamais, JAMAIS !
Bref, nous étions là à nous battre comme des lionceaux affamés, crachant à qui mieux mieux, tandis que les garçons, les clients présents (qui semblaient TRES amusés par le spectacle), er le personnel (que cela amusait beaucoup moins), tentaient de nous séparer. Lorsqu'ils y parvinrent, Bill et moi n'avions pas fière allure. Nos cheveux formaient d'étranges masses informes au-dessus de nos têtes, des marques rouges de morsure constellaient la peau de nos bras et des traces d'ongles manucurés peuplaient les zones non-protégées de nos corps. Le maquillage de Bill avait coulé. Bien fait. Les dents serrés, nous nous fixions dans les iris, la haine était palpable. On me tendit une brosse et je me coiffai le plus dignement possible et lissait mes habits, puis désinfectai mes "plaies". Bill fit de même.
A partit de cet instant, je décidai de ne plus me laisser faire par un garçon. L'androgyne serait le premier à servir de cobaye à cette résolution, il l'apprendra à ses dépens.
Je m'aperçus que Georg tiraillait sur ma manche depuis un petit moment déjà.
-Ji ?
-Oui, Georg ? fis-je en me retournant vers celui-ci.
Georg avait une apaisante douceur dans le regard.
Georg était attentionné.
Georg m'avait, ou allait me sortir de la galère.
Georg était beau.
Je ne le méritais pas, je ne méritais pas son aide, c'était certain. Mais pour rien au monde je n'aurai échangé son soutien contre celui d'un autre.
-Tu veux aller au cinéma avec moi et Gustav ?
Je sortis de mes songes et levai le sourcil, ce qui n'échappa pas à Georg.
-Ne t'inquiète pas, je me mettrai au milieu, et Gustav n'est pas comme Bill.
Le Bill en question nous foudroya du regard. Et moi je souris, rassurée.
-Dans ce cas, allons-y !
Je m'approchai de l'oreille de Georg et soufflai :
-Je te suivrai jusqu'au bout du monde.
Le jeune homme, ému, me serra dans ses bras, dans une étreinte qui me fit le plus grand bien. Le réconfort de ses larges épaules.
Je ne dis pas à tout à l'heure à Bill, sous peine de mort violente et/ou dans d'atroces souffrances, mais serrai la main à Tom pour faire bonne figure en marmonnant un vague "salut".
En partant, je passai près de Bill et soufflai :
-Tu as voulu la guerre ? Ne t'inquiète pas, tu l'auras. Sombre crétin.
Il tressaillit et planta ses yeux chocolats inquisiteurs et troublant dans dans mon regard en acier... blindé. Je relevai fièrement la tête. Ce petit manège dura à peine une seconde.
Tandis que je marchais vers la sortie pour rejoindre Georg et Gustav, j'eus la désagréable impression que Tom fixait autre chose que mon dos. Je me frottai la tempe comme pour chasser ces pensées et embarquai dans la Cadillac que Tom avait, exceptionnellement, avait-il précisé, mis à notre disposition. C'était moi l'exception ?
Le chauffeur inséra un CD et la musique emplit le véhicule tandis que je caressais tendrement la main gauche de Georg (sa main était si douce !).
Keiner weiß, wies dir geht.
Keiner da, der Dich versteht.
...
La voix qui chantait ces paroles était si belle !
-Georg ?
-Oui Jillian ?
-Qui chante ? Je n'ai jamais entendu ce chanteur.
-Ce n'est pas un chanteur, c'est un groupe entier. Tokio Hotel. Je t'en ai déjà parlé, tu sais déjà que j'en fais partie.
-Ok. Mais qui chante ? Gustav ? Tom ? Toi ?
-Tu veux vraiment le savoir ?
-Ben oui.
-C'est Bill.
J'étouffai un petit cri, abasourdie.
Hey !!
Désolé, j'ai vraiment mis du temps. Moi et les horaires ça le fait pas du tout !
x'D
Enfin bref, j'espère sincèrement que ça vous a plu, et que vous ne trouvez pas ça trop déprimant...
En fait j'ai pas l'habitude de faire des histoires qui commencent tristement =S
Chu' <3 J'vous aime
Fanny'
Vous saviez que j'étais débile ?! Vous le saviez ça ? x'D !!
En fait, je sais pas si vous l'avez remarqué mais j'ai écrit ce chapitre à la première personne alors que c'est sensé être un point de vue externe tout au long de l'histoire ! Vraiment désolée, ça ne se reproduira plus ! Je vous aime <3